La civilisation et la culture française sont imprégnée de centralisme, de jacobinisme. Un état, une nation, un peuple, et une seule langue: Vive "la république une et indivisible". En découle le mythe de
LA culture, du savoir unique, il ne peut exister qu'un seul point de vue sur l'histoire. Tout autre est contraire, arriéré, obscurantiste. Le mythe de l'état-nation nécessita d'oublier, de suicider les cultures dites régionales, volontairement minorisées. Pourtant, peu de choses sont réellement universelles. Chaque peuple, chaque individu (l'ultime minorité) possède son angle de vue particulier sur le monde, ce qui est important et ce qui l'est moins.
La Bretagne est le pays de la mer, l'Armor. De tous côté, l'eau l'enserre, livrant au roc un combat millénaire.
L'histoire de cette terre rabotée est sans doute l'une des plus anciennes du continent. Celle de ses habitants est à cette mesure: originale, émouvante et héroïque. C'est là également un incessant affrontement avec d'autres hommes venus de la mer ou de l'est, par voie de terre, tour à tour pacifiques ou agressifs. Il en est résulté une histoire fertile en événements.
En effet, la Bretagne a une histoire, une histoire tout à fait distincte de l'histoire de France. Tour à tour haut lieu de la civilisation mégalithique, fédération de cités celtiques, royaume, puis duché souverain (Anne de BRETAGNE disait "principauté"), la péninsule bretonne est restée, jusqu'au XVIème siècle, un État indépendant et un territoire relativement autonome jusqu'à la révolution française.
Contrairement à ce que croient beaucoup de gens, il ne s'agissait pas de l'un de ces "grands fiefs" issus du démembrement du royaume franc, sur lesquels les rois cherchaient à rétablir leur autorité perdue, mais bien d'un pays libre, qui n'avait jamais fait partie du territoire des Mérovingiens, des Carolingiens, des Capétiens et autres Valois.
Même après le traité d'Union à la France en août 1532, la Bretagne est restée une "province réputée étrangère" jusqu'en 1789 et a conservé, au sein de l'ensemble français, un statut d'autonomie.
La Bretagne a une histoire, mais beaucoup de Bretons ne la connaissent pas, bien que ce soit celle de leur terre et de leurs ancêtres. Parce qu'on ne leur a jamais enseignée. Il n'est pire aliénation pour un peuple que d'être coupé de son passé, d'oublier ses racines, de perdre le souvenir de ses aïeux.
En effet, il faut qu'un Breton quitte l'école, s'éloigne de la Bretagne pour découvrir son histoire. Cela a été mon cas. Il connaît celle de l'Europe, du monde; il a une notion de ce qui c'est passé partout sauf sur ce coin de terre où il est né. Pour l'apprendre, il devra l'étudier en marge, à ses frais, comme s'il s'intéressait par goût personnel aux Hittites ou à la Mésopotamie!
Car la Bretagne est menacée de disparition, ou pour mieux dire d'oubli. Sa langue et sa culture sont les principales victimes de cet oubli: les livres de géographie utilisent le curieux vocable de "grand ouest" pour désigner la Bretagne.
Ne laissons pas la Bretagne disparaître...